Nicolas Perliot : "Me dit le saule". Poésies-photos / Le petit pin |
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Un petit
pin s'élançait pour son deuxième printemps. Parmi les buissons de son are, il se sentait mal à l'aise. S'adressant au créateur, il demanda : " Ô vent des curs, quel est donc ce tourment que semblent ignorer ceux des miens qui m'entourent ? Quel est ce désir qui me ronge ? Pourquoi la souffrance de son exigence ? " " Ceux des tiens ? Sais-tu seulement qui tu es ? " " Non " " Alors ne t'étonnes pas d'être différent de ce que tu as sous les yeux, car il y a tant d'autre à devenir. Tu es un pin : vois celui-ci. Comment le saurais-tu ? Il y a tant de différence entre ton devenir et ton présent. Bien plus en vérité qu'entre ton présent et tes voisins. Vous êtes tous de même taille, également souples et frêles. Semblables en apparence, mais par nature bien distincts. Vois cet arbre puissant, cet inflexible mât, ces mille cordes caressant le vent en l'honneur de mon Nom. Tu n'es rien de semblable en ce jour mais tu le deviendras. Or, si savoir cela n'ôte rien à ton mal, c'est une sûre raison d'endurer. Car inéluctablement tu le deviendras. Sous le soleil ou dans l'ombre, par trop de froid ou sous le feu, nourri par trop ou trop peu de pluie. En somme, dans la joie ou dans l'affliction. Mais en certitude. Alors tu vivras pleinement qui tu es, non par la foi mais par l'expérience. Alors seulement prendront fin tes désirs et tes tourments, si douloureux quand les tiens ne sont par nature pas les tiens. " " Aimes-tu
davantage le grand pin et son chant ? ", reprit le petit
pin. |